Guide d'achat : Comment lire une étiquette de complément alimentaire
300 mg de magnésium, mais pour combien de gélules ? Sur une étiquette, afficher un chiffre est obligatoire ; préciser ce qu'il compte l'est beaucoup moins. Douze points pour savoir ce que vous lisez vraiment.
Guide d’achat
Comment lire une étiquette de complément alimentaire
300 mg de quoi ? Les questions à poser à un chiffre.
Deux boîtes de magnésium côte à côte. L'une annonce 300 mg, l'autre 450. La seconde paraît mieux dosée, jusqu'à ce qu'on lise le nombre de gélules : 300 mg pour deux gélules d'un côté, 450 mg pour six de l'autre. Par gélule, la première est deux fois plus concentrée. Par jour, c'est la seconde qui apporte le plus. Les deux chiffres sont justes, et ils ne répondent pas à la même question.
C'est le point aveugle de toute étiquette de complément alimentaire. Afficher un chiffre est obligatoire, préciser ce qu'il compte l'est beaucoup moins. Le même nombre peut désigner une gélule ou une journée, un sel ou le minéral qu'il transporte, un extrait ou la plante dont il provient. Nous appellerons cela le dénominateur : ce à quoi le chiffre se rapporte.
Ce guide traite d'abord les dosages, puis les mentions obligatoires. Chaque point suit la même trame : le principe, un cas pratique, et la clé de lecture à retenir pour vous donner des repères concrets.
Ce que comptent les chiffres
Par gélule ou par jour ?
Le principe. Vous lisez « 300 mg de magnésium » et vous imaginez une gélule. C’est rarement le cas. La réglementation impose que les quantités réglementaires soient rapportées à la portion journalière recommandée par le fabricant. Une information par gélule peut être ajoutée, mais ce n’est pas elle qui constitue la référence réglementaire. Le même chiffre peut donc correspondre à une gélule, à trois ou à neuf, et tous les autres nombres du tableau se lisent par rapport à cette portion.
Cas pratique :
Le support ou l’actif ?
Le principe. Le chiffre mis en avant ne correspond pas toujours directement à l’actif que l’on cherche à comparer. Une substance peut être apportée par une huile, liée à un sel ou présente dans un extrait. Le chiffre affiché peut donc compter le véhicule ou le passager, et les deux points suivants n’en sont que des déclinaisons.
Cas pratique : les cas les plus fréquents par famille de produits :
| Ce qui est affiché | Ce que ça compte | L’actif à chercher |
|---|---|---|
| « Huile de poisson 1 000 mg » | Le poids d’huile | Les oméga-3, puis l’EPA et le DHA parmi eux |
| « Huile de bourrache 500 mg » | Le poids d’huile | L’acide gamma-linolénique |
| « Vitamine D en gouttes » | Souvent le volume de la goutte | Les µg ou UI par goutte |
| « Whey 30 g » | Le poids de poudre | Les grammes de protéines |
| « Levure de riz rouge 300 mg » | Le poids de levure | Les monacolines |
Ce second geste évite un contresens fréquent. Une huile non concentrée n’est pas une huile moins dosée : c’est une huile dont l’apport se calcule sur une portion plus large. Une cuillère d’huile liquide peut délivrer autant d’EPA et de DHA par jour que plusieurs capsules d’un concentré, parfois davantage. Comparer une capsule à une capsule ne dit rien ; comparer une journée à une journée dit tout.
Le sel ou le minéral ?
Le principe. Un minéral ne tient pas seul dans une gélule : il voyage accroché à un sel, souvent bien plus lourd que lui. Le sel apparaît dans la liste d’ingrédients (citrate, oxyde, bisglycinate), tandis que la quantité déclarée dans le tableau ne compte que le minéral. Pour un sel chimiquement défini, la proportion théorique de magnésium peut être estimée à partir de sa formule chimique et des masses molaires. Dans une matière première commerciale, la teneur réelle peut toutefois différer selon sa pureté, son degré d’hydratation ou la présence d’autres constituants.
Cas pratique :
L’outil. Proportions théoriques de magnésium élémentaire :
| Sel de magnésium | Part théorique de magnésium |
|---|---|
| Oxyde | ≈ 60 % |
| Carbonate | ≈ 29 % |
| Chlorure | ≈ 25 % |
| Malate | ≈ 15 % |
| Citrate | ≈ 11 à 16 % selon le sel |
| Bisglycinate | ≈ 12 à 14 % |
| Lactate | ≈ 12 % |
| Gluconate | ≈ 6 % |
L’extrait ou la plante de départ ?
Le principe. Une simple poudre de plante (ou totum) n’est rien d’autre que le végétal séché puis finement broyé. Cette forme conserve l’ensemble des fibres et de la matière végétale, mais sa concentration en substances d'intérêt reste modeste et varie fortement selon les récoltes. Pour atteindre une quantité comparable à celle d'un extrait, il faudrait souvent avaler un volume considérable de poudre.
C'est précisément la raison pour laquelle les fabricants privilégient les extraits concentrés. Le procédé consiste à infuser la plante dans un solvant (eau ou alcool) afin de capturer uniquement ses molécules actives, en éliminant les fibres inertes. Le liquide obtenu est ensuite filtré, concentré puis séché.
Le ratio d’extraction mesure ce niveau de concentration : un ratio de 10:1 indique, par exemple, qu'il a fallu 10 kg de plante brute pour obtenir 1 kg d'extrait final. Ainsi, 200 mg d'extrait 10:1 concentrent l'équivalent de 2 000 mg de plante sèche dans un volume réduit.
Dès lors, comparer deux flacons exige de repérer ce que le chiffre met en avant : s'agit-il de la quantité d'extrait sec réellement présente dans la gélule, d'un équivalent théorique en plante brute, ou d'une simple poudre non concentrée ?
Cas pratique :
L’outil : les mentions clés des extraits végétaux :
| Mention | Ce qu’elle vous apprend |
|---|---|
| Partie de plante (feuille, racine, rhizome, sommité fleurie…) | Quelle partie de la plante a été utilisée |
| Ratio d’extraction (10:1, 4:1…) | La quantité de plante mise en œuvre pour obtenir une quantité donnée d’extrait |
| Titrage (« titré à 20 % en bacosides ») | La teneur garantie en un ou plusieurs composés caractéristiques |
| « Poudre de plante » | Qu’il s’agit de plante broyée et non d’un extrait concentré |
Des µg ou des UI ?
Le principe. UI signifie Unité Internationale. Cette unité a été créée pour exprimer l’activité biologique de certaines vitamines plutôt que leur seul poids. Une UI ne correspond donc pas à une quantité fixe valable pour toutes les vitamines : la conversion dépend de la substance considérée.
Aujourd’hui, l’étiquetage réglementaire européen exprime les vitamines en unités de masse, par exemple en microgrammes (µg) pour la vitamine D. Mais les UI restent très utilisées, notamment parce qu’elles sont anciennes, bien connues du public et encore courantes dans la littérature et la communication sur certains produits.
C’est particulièrement vrai pour la vitamine D : 1 µg correspond à 40 UI. Un produit annoncé à 1 000 UI apporte donc 25 µg de vitamine D. Pour comparer deux produits, il faut simplement ramener les valeurs dans la même unité.
Cas pratique :
• Vitamine D : 1 µg = 40 UI → 1 000 UI = 25 µg | 2 000 UI = 50 µg.
• Cas des probiotiques : ils se comptent en UFC (unités formant colonie). Le nombre dépend non pas d’une conversion mais du moment de la mesure (à la fabrication ou à la date de durabilité minimale).
Par rapport à quelle référence ?
Le principe. Plusieurs valeurs de référence coexistent, mais elles n’ont pas le même rôle. Sur les étiquettes de compléments alimentaires, vous pouvez rencontrer les mentions AR ou VNR. Elles ne renvoient pas à deux systèmes différents :
- AR signifie apport de référence.
- VNR signifie valeur nutritionnelle de référence.
Pour les vitamines et les minéraux, la réglementation européenne fixe des VNR : par exemple 375 mg pour le magnésium, 80 mg pour la vitamine C ou 5 µg pour la vitamine D. Le pourcentage indiqué sur l’étiquette exprime la part de cette valeur apportée par la portion journalière du produit. Ainsi, un complément apportant 300 mg de magnésium fournit : 300 ÷ 375 = 80 % de l’apport de référence.
Selon la présentation retenue, l’étiquette peut donc indiquer 80 % AR ou faire référence aux VNR. Il ne s’agit pas d’une différence de valeur : dans les deux cas, le calcul repose sur la même référence réglementaire. Ces valeurs d’étiquetage ne doivent pas être confondues avec les références nutritionnelles établies par l’ANSES, qui répondent à une autre question : quels apports permettent de couvrir les besoins d’une population ?
| Sigle | Signification | À quoi sert-il ? |
|---|---|---|
| AR | Apport de référence | Indique sur l’étiquette la part de la valeur de référence apportée par le produit |
| VNR | Valeur nutritionnelle de référence | Valeur réglementaire utilisée pour calculer ce pourcentage pour les vitamines et minéraux |
| BNM | Besoin nutritionnel moyen | Besoin moyen d’un groupe de population |
| RNP | Référence nutritionnelle pour la population | Apport destiné à couvrir les besoins de presque toute la population considérée |
| AS | Apport satisfaisant | Référence utilisée lorsqu’un BNM et une RNP ne peuvent pas être établis avec certitude |
| LSS | Limite supérieure de sécurité | Niveau d’apport quotidien chronique peu susceptible d’entraîner des effets indésirables |
Le BNM correspond au besoin moyen d’une population. Lorsqu’il peut être déterminé, il sert à établir la RNP, destinée à couvrir les besoins de la grande majorité des individus du groupe considéré. Lorsque les données manquent, l’ANSES retient un AS. La LSS se situe à l’autre extrémité : ce n’est ni un besoin ni un objectif, mais un niveau d’apport chronique à ne pas franchir.
Cas pratique :
Le total ou le détail ?
Le principe. Certaines étiquettes regroupent plusieurs ingrédients sous un nom inventé et n’affichent qu’un poids global. « Matrice Focus, 500 mg » peut contenir 490 mg de l’ingrédient le moins cher et 10 mg du plus intéressant, sans que rien ne permette de le savoir. On appelle cela un mélange exclusif, ou proprietary blend : la pratique vient du marché américain, où la réglementation l’autorise.
Cas pratique :
Ce que disent les mentions
La liste d’ingrédients
Le principe. La liste d’ingrédients est en principe classée par ordre décroissant de quantité, comme sur n’importe quel produit alimentaire. Cette information donne une indication utile sur l’importance pondérale des principaux ingrédients, mais elle a ses limites. Les ingrédients représentant moins de 2 % du produit fini peuvent être énumérés dans un ordre différent après les autres.
La position dans la liste devient donc beaucoup moins informative pour les substances présentes à très faibles doses. Une vitamine apportée en quelques microgrammes peut naturellement apparaître après un excipient présent en centaines de milligrammes sans que cela ne dise quoi que ce soit de son intérêt nutritionnel.
Deux autres informations s’y lisent : les quatorze allergènes réglementés doivent être mis en évidence typographiquement (en gras ou en majuscules), et le nom botanique complet précise l’espèce exacte des plantes utilisées.
Cas pratique : le cas du ginseng :
Les précautions d’emploi, ou la règle avant le cas particulier
Le principe. Les précautions d’emploi ne sont pas toujours rédigées librement par le fabricant. Pour certains ingrédients, des mentions précises sont imposées par la réglementation et visent des populations ou des conditions de consommation définies. Ces avertissements sont établis pour des groupes entiers (femmes enceintes, enfants, personnes sous certains traitements) et non pour la situation particulière de chaque consommateur. Ils sont donc nécessairement généraux et peuvent conduire à déconseiller un produit même lorsque le risque individuel est faible.
Cas pratique : le potassium :
Pour les compléments alimentaires contenant du potassium, les recommandations sanitaires françaises prévoient l'avertissement : « Déconseillé aux personnes âgées ou atteintes de néphropathie ».
La prudence se comprend : le potassium est principalement éliminé par les reins, et l'avertissement vise les situations où cette fonction est altérée. Le libellé pose en revanche deux problèmes de lecture.
D'abord, l'âge y tient lieu de critère alors qu'il n'en est qu'un indicateur indirect. Le paramètre réellement visé est la fonction rénale, qui ne se déduit pas d'une date de naissance et qu'aucun seuil civil ne vient préciser. La mention ne dit donc pas à partir de quand elle s'applique, ni à qui elle ne s'applique pas.
Ensuite, une mention d'étiquetage n'a que deux états, présente ou absente, là où le risque est graduel. Formulée en « déconseillé », elle se lit comme une exclusion. Pour un raisonnement de risque comparable, d'autres avertissements réglementaires retiennent une formulation ouverte, du type demander un avis médical avant usage, qui conduit à la vérification au lieu de la refermer. À risque équivalent, le choix de rédaction produit deux comportements très différents chez le lecteur.
Les mots qui paraissent précis… sans forcément l’être
Le principe. À côté des mentions réglementées, une étiquette porte des expressions commerciales qui peuvent sembler techniques sans permettre, à elles seules, de tirer la conclusion que le consommateur leur attribue spontanément.
| Mention | Ce qu’elle permet de conclure à elle seule |
|---|---|
| « Qualité pharmaceutique » | Pas qu’un complément est supérieur : cette formule ne constitue pas une catégorie réglementaire des compléments. |
| « Formule brevetée » | Qu’un brevet protège un procédé ou un assemblage, pas que le dosage ou l'efficacité clinique sont supérieurs. |
| « Testé en laboratoire » | Peu de chose tant que ni le test, ni le laboratoire d'analyse, ni les résultats chiffrés ne sont précisés. |
| « Naturel » | Pas qu’un produit est plus efficace, plus pur ou dénué de contre-indications. |
| « Haute biodisponibilité » | Pas une supériorité mesurable sans étude comparative directe permettant de l’étayer. |
| « Sans additifs » | Une affirmation concrète qui peut être vérifiée directement dans la liste des ingrédients. |
Ce que révèle une étiquette incomplète
Le principe. Une étiquette qui omet plusieurs mentions obligatoires justifie une vigilance accrue : ces mentions forment le socle légal minimal garantissant l’origine, la sécurité et la traçabilité du produit.
| Ce qui doit obligatoirement figurer | Ce que son absence doit faire vérifier |
|---|---|
| La dénomination « complément alimentaire » | La conformité du statut réglementaire du produit |
| Les trois avertissements réglementaires | La conformité générale de l’étiquetage légal |
| La quantité chiffrée des actifs soumis à déclaration | La présence de mélanges opaques non autorisés (voir point 7) |
| Les allergènes mis en évidence | La sécurité sanitaire immédiate de la formule |
| Nom et adresse de l’exploitant responsable | L’identification de l’entité juridique responsable en UE |
| Numéro de lot et date de durabilité minimale | La traçabilité de production et l'information de conservation |
Rappel des 3 avertissements obligatoires : ne pas dépasser la dose journalière recommandée ; un complément ne se substitue pas à une alimentation variée et équilibrée ni à un mode de vie sain ; tenir hors de portée des jeunes enfants.
Le coût par jour
Le principe. Il reste un dénominateur qui décide de l’achat et qu’aucun flacon n’affiche. Le prix au flacon ne veut rien dire tant qu’il n’est pas ramené à la durée réelle d'utilisation, qui dépend de la portion journalière établie au point 1.
La formule du coût réel :
Prix du flacon ÷ Jours de cure = Coût par jour
Le tableau récapitulatif à garder
Le mémo express pour auditer vos étiquettes en un coup d'œil :
| Ce qui est écrit sur le flacon | La question exacte à poser |
|---|---|
| Un dosage en mg | Pour combien de gélules ? |
| Une huile, une poudre | Combien d’actif réel, et par jour ? |
| Un minéral en mg | Le sel ou le minéral élémentaire ? |
| Une plante en mg | L’extrait sec ou la plante de départ ? |
| Des UI, des UFC | Quelle unité, et mesurée à quel moment ? |
| Un % de VNR / AR | Par rapport à quelle référence officielle ? |
| Un nom de mélange exclusif | Chaque actif soumis à déclaration a-t-il son chiffre individuel ? |
| Un nom vernaculaire commun | Quelle espèce botanique exacte ? |
| Une précaution d’emploi | Quelle population ciblée, dans quelles conditions précises ? |
| « Breveté », « Naturel » | Qu’est-ce qui est objectivement vérifiable ? |
| Un prix en rayon | Combien de jours effectifs de cure ? |
Et sur nos propres étiquettes ?
Cette grille vaut aussi pour les produits que nous vendons. Mais tous ne sont pas dans la même situation. Pour les produits de nos propres marques, nous intervenons directement sur la formulation, les matières premières choisies, les informations techniques et l’étiquetage. Nous pouvons donc agir à la source lorsqu’une information mérite d’être précisée ou lorsqu’une présentation prête à confusion.
Pour les marques que nous distribuons, nous ne décidons ni de la formule ni de l’étiquette. Notre responsabilité est différente : présenter les produits le plus clairement possible sur Nutristore, ne pas transformer un chiffre commercial en information qu’il ne donne pas, et compléter nos fiches lorsque les données du fabricant permettent de le faire.
Cela suppose aussi d’accepter qu’un même niveau de détail ne soit pas disponible partout. Une marque indiquera le ratio d’extraction et le titrage d’un extrait végétal, une autre seulement sa quantité. Certaines détailleront plusieurs niveaux d’information, d’autres resteront au minimum exigé par l’étiquetage. L’absence d’une mention facultative n’est pas une anomalie ; elle limite simplement ce que l’on peut conclure ou comparer.
C’est aussi la raison d’être de cette grille : distinguer ce que l’étiquette permet réellement de savoir de ce qu’elle ne permet pas de savoir. Et lorsque nous disposons d’une information plus précise ou qu’une fiche Nutristore peut être améliorée, notre rôle est de la rendre plus claire.
Si vous relevez une incohérence ou une information ambiguë sur l’une de nos fiches, signalez-la-nous. Une information utile est une information que l’on peut comprendre, vérifier et, si nécessaire, corriger.
Source
Décret n° 2006-352 ; règlement (UE) n° 1169/2011, annexes II et XIII ; directive 2002/46/CE ; arrêté du 24 juin 2014 relatif aux plantes ; arrêté du 9 mai 2006 relatif aux nutriments ; enquête DGCCRF 2023. Parts de minéral calculées à partir des masses molaires.
Préférences sur les cookies

